ANTIPOP CONSORTIUM – Shopping Carts Crashing

Même pas un an après Tragic Epilogue, les New-Yorkais d’Antipop Consortium sortent un album réservé au marché japonais, sur un obscur label local. Chez un groupe normal, une telle initiative n’intéresserait que les fans purs et durs. Mais comme chacun le sait, Antipop Consortium n’a jamais été un groupe normal. Et si leur premier album restera, haut-la-main, l’œuvre essentielle du trio (oui je sais, cet Arrhythmia qui poussera à son comble l’expérience IDM aura aussi ses partisans), Shopping Carts Crashing n’a nullement à rougir de la comparaison.
Au même titre que son prédécesseur, cette œuvre de High Priest, Sayyid et Beans regorge de ce rap électronique iconoclaste où l’inventivité des sons est au diapason de celle des raps, considérable et constante, où chaque plage propose une idée originale à même de créer un nouveau genre à elle toute seule. Mieux, Shopping Carts Crashing, malgré quelques moments d’ennui (« Verses », où le trio bénéficie pourtant du renfort de la seule invitée de l’album, la rappeuse Apani B), a parfois les tubes qui manquaient à son aride et difficile prédécesseur.
Le fracas de caddies qui ouvre l’album annonce que ça va faire mal. Et en effet, chaque titre ou presque frappe fort, révélant par intermittences un potentiel tubesque qu’Antipop Consortium ne déploiera vraiment qu’une fois signé chez les Anglais de Warp Records. Les sons sont électroniques, bizarres, dérangeants et relativement dépouillés, mais les samples collent aux basques, les basses sont énormes et accrocheuses, et les jeux à trois entre les rappeurs, qu’ils se succèdent ou qu’ils rappent en chœur, fait mouche à chaque reprise.
Seuls nos trois hommes savent interrompre ainsi un instrumental aux faux airs de musique contemporaine par des délires limite gangsta, sans que cela ne jure (« Excerpt From The Forthcoming Epic Dogland »), habiller de leurs seuls raps un titre aussi sobre que « M », ou réinventer du tout au tout l’alliance ancestrale entre le hip-hop et les grosses guitares metal qui tachent (« Lazarus Pit »).
Seul ce trio peut à ce point transformer en indispensable ce qui n’aurait dû être qu’une sortie mineure et secondaire. Seul, il sait être à ce point aussi expérimental que séduisant. Il y a des groupes, comme ça, intouchables. Des groupes à qui, à travers les années, tout réussit.