ABN – It Is What It Is

ABN – It Is What It Is

Tous deux basés à Houston, tous deux affiliés au Screwed Up Click de DJ Screw, les soi-disant cousins Trae et Z-Ro ont habité de leurs voix chaudes un grand nombre de sorties, albums officiels ou mixtapes, depuis la fin des années 90. Et comme souvent en pareil cas, ils ont été si prolifiques que plusieurs de leurs disques se sont montrés inégaux. Cela n’a pas été le cas, toutefois, pour le formidable It Is What It Is, un second album enregistré en commun sous le nom d’ABN (pour « Assholes by Nature », ça ne s’invente pas).

En plus de profiter du talent des rappeurs, de leurs timbres de baryton, spécialement sourd et lourd chez Trae, de leurs débits rapides et assurés, chaque titre y fait l’objet d’une superbe production. Oui, chaque titre. Hormis un « 3-16’s » en roue libre, tous bénéficient de beats travaillés, soyeux, mélodiques même, puisqu’ils sont souvent doublés de refrains chantés.

Mêlé aux contes de la criminalité ordinaire déclamés par les deux rappeurs, ajouté à leur posture de gangsters patentés et à leur insolence magnifique, ce son généralement très doux bâti sur de grandes gerbes de synthétiseurs réactualise le g-funk pour les années 2000 (visez donc « Who’s The Man » ou « Picture Me »). Avec en supplément, sous l’orgueil et les rodomontades, un fond de mélancolie. Avec en sus une épaisseur soul caractéristique du sud profond des Etats-Unis.

L’album commence fort, et même très fort, avec l’orageux et le splendide « Umm Hmm » où tonne une guitare nerveuse et mordante, soutenue au moment du refrain par des chœurs féminins vaporeux. Et il se poursuit sur le même rythme, toujours, avec constance, même si quelques titres méritent une mention spéciale : « Miss My Dawg », un hommage attendu aux amis morts, et une invitation à survivre, malgré tout ; « Turnin’ Heads », un titre atmosphérique plein de classe et de morgue, bâti sur un extrait du « International Player’s Anthem » d’UGK : « In My City », avec ses violons intenses ; ou bien encore « Rain », qui nous rappelle que tout n’est pas glamour dans le monde vache du ghetto :

They say I’m a celebrity with diamonds that’ll blind you
But you can see me order fast food in the drive-thru

Ils disent que je suis une célébrité avec des diamants qui t’aveuglent
Mais tu peux me voir commander dans le drive d’un fast food

Ici, Z-Ro et Trae ont placé toutes les chances de leur côté, quitte à réemployer des morceaux sortis ailleurs par le passé (« No Help », par exemple, figurait déjà sur le Restless de Trae), dans le but de délivrer l’un des meilleurs albums de gangsta rap texan des années 2000, et de confirmer une fois encore que, vingt années après les débuts des Geto Boys, il reste des artistes de première importance à Houston et chez Rap-a-Lot.

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The Notorious S.Y.L.V.

The Notorious S.Y.L.V., a.k.a. Codotusylv, écrit sur le rap et tout un tas d'autres choses depuis la fin des années 90. Il fut le fondateur des sites culte Nu Skool et Hip-Hop Section, et un membre historique du webzine POPnews. Il a écrit quatre livres sur le rap (dont deux réédités en version enrichie), chez Le Mot et le Reste.

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