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DOO WOP - 95 Live

, 22:44 - Lien permanent

C'est au tout début des années 90, en se confrontant à Kid Capri, que Raphael Gonzalez, alias Doo Wop, fit sa place sur le marché des mixtapes new-yorkaises. Il ne connaissait que vaguement son aîné, mais il eut la bonne idée d'aller vendre ses cassettes lui-même, près des points de vente où l'on trouvait celles de l'autre. Il s'engagea aussi, autour de 1991-92, dans un beef avec lui. Les deux DJs, qui avaient en commun la particularité de savoir rapper, s'attaquaient alors mutuellement sur leurs sorties respectives, avant de devenir amis plus tard. Se faisant un nom ainsi, Doo Wop allait trouver sa place dans le panthéon des grands DJs à mixtapes, et y creuser son propre sillon : tandis que Ron G se spécialisait dans les mélanges entre rap et R&B, et que DJ S&S, puis DJ Clue, se feraient connaître pour leurs exclusivités, lui deviendrait le grand expert des freestyles.

DOO WOP - 95 Live

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95 Live en témoigne. Il s'agit même de l'une des premières tapes comptant des raps enregistrés expressément pour y figurer. Elle allait sortir à un point crucial de la carrière de Doo Wop. Quelques temps plus tôt, celui-ci avait cherché à monter son propre collectif hip-hop, The Bounce Squad. Mais à cause d'une mauvaise gestion de ses contrats avec des maisons de disque, ce projet avait eu du plomb dans l'aile. Aussi Doo Wop voudrait-il faire de cette cassette un événement, une façon de rester malgré tout au sommet de l'actualité. Et le meilleur moyen, pour lui, c'était de convier les plus grands rappeurs new-yorkais, lesquels, à sa grande surprise, ne se feraient pas prier. Certains proposeraient spontanément leurs services, et ils perfectionneraient leurs interventions, satisfaits d'être associés à l'une des valeurs sûres de la mixtape. Le DJ n'aurait plus qu'à compléter le tout de quelques sons très chauds, de titres prometteurs et de ses propres contributions.

Il en résulterait un projet considéré par beaucoup comme la plus grande mixtape des années 90. Elle est, en tout cas, un monument en l'honneur du hip-hop new-yorkais de l'époque. Elle commence d'ailleurs, après un brin de beatboxing, par une longue suite de freestyles, déclamés sur des beats classiques (EPMD, Nas, etc.), par quelques unes des figures d'alors (Q-Tip, Guru, M.O.P., Raekwon, KRS One, Keith Murray, Fat Joe, Busta Rhymes, etc.), et dont le but était de représenter chacun des cinq boroughs de la ville de New York. Même passée cette longue mise en bouche, absolument tous les titres de la sélection, autres freestyles, remixes ou titres originaux, provenaient de la Grosse Pomme.

Plusieurs groupes du Boot Camp Click, divers membres du Wu-Tang Clan, Nas, Notorious B.I.G, Naughty by Nature, Group Home, Lord Finesse, Redman, et un Jay-Z à l'aube de la carrière que l'on sait : les titres sélectionnés par Doo Wop faisaient défiler le bottin mondain du rap new-yorkais de l'époque. Cette caractéristique, cependant, n'aurait pas distingué Live 95 de la masse de mixtapes sorties à l'époque, si Doo Wop n'avait pas fait preuve d'une grande adresse dans sa sélection : les morceaux choisis, la plupart tout frais, n'étaient pas toujours les plus gros tubes de leurs auteurs respectifs, mais ils étaient tous très bons. Et malgré la diversité et le nombre des intervenants, cette sortie était homogène. Ce n'était que du pur rap new-yorkais, sans les blends, ni le quart d'heure R&B syndical, que les DJs se sentaient souvent obligés d'intégrer à leurs mixes. Seul le trio Total, les collaboratrices attitrées de Biggie, ainsi que la chanteuse Brandy, via deux remixes de son "I Wanna Be Down", représentaient ici cette tendance.

C'était surtout les freestyles, toutefois, que l'on retiendrait de Live 95 (et d'une suite construite sur le même modèle, Live 95 Pt. 2). A sa suite, d'autres DJs allaient systématiser cette approche, comme Tony Touch avec sa série des Power Cypha. Et 50 Cent lui-même, qui collaborera avec Doo Wop à ses débuts, admettra avoir appris sur ses cassettes comment s'approprier et sublimer les musiques des autres. Live 95 en fait, n'était pas seulement réussie. Elle était aussi historique, et un tournant dans l'épopée pleine de rebondissements de la mixtape rap.

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