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GUCCI MANE - Chicken Talk

, 23:16 - Lien permanent

Chicken Talk avait suivi une période faste pour Gucci Mane. Actif depuis les années 2000, il avait franchi un cap avec le titre "Black Tee", une réponse au "White Tee" de Dem Franchise Boys. Puis en 2005, sur Big Cat Records, il avait sorti son premier vrai album, Trap House, auquel participaient quelques figures du rap du Sud, Bun B, Killer Mike, Lil Scrappy, Jody Breeze, ainsi qu'un autre père fondateur de la trap music, Young Jeezy. Seulement voilà, malgré leur collaboration sur le single "So Icy", Gucci Mane étant Gucci Mane, il allait s'embrouiller méchamment avec Jeezy, et se retrouver impliqué dans le meurtre de l'un de ses proches, Pookie Loc. Acquitté plus tard pour légitime défense, il allait toutefois passer six mois en prison, et couper les liens avec son label. Qu'allait donc faire le rappeur, une fois libre et prêt à repartir ? Et bien il allait trouver sa voie, et proposer ce qui serait le commencement d'une très longue série : sa toute première mixtape.

GUCCI MANE - Chicken Talk

So Icey Entertainment :: 2006 :: télécharger la mixtape

Dans l'argot des rues américaines, "chicken" serait l'une des innombrables façons de parler de cocaïne. Quant aux mots "chicken talk", ils serviraient à désigner une discussion qui ne veut rien dire. Il était donc approprié que le rappeur nomme ainsi cette mixtape, sortie avec DJ Burn One. Celle-ci, en effet, consacrait le style du maître d'Atlanta, cette ultime métamorphose du thème de la drogue dans le hip-hop : après que les rappeurs aient abordé le sujet sous un angle critique, puis d'une manière sale, noir et pessimiste, inspirée par leurs expériences de dealers, ils avaient fini par célébrer le commerce de stupéfiants et les possibilités d'enrichissement associées. Gucci Mane poursuivait cette glorification, mais il la déclinait sur le mode de l'excès et de l'absurde, en faisant le prétexte à une pléiade de bons mots exquis, tous plus saugrenus les uns que les autres.

Le rappeur parlait des deux grands moments du métier de dealer : 1 - le temps où il gagne de l'argent, avec des titres comme "Swing my Door", "Trap Money", et ce "Plug Talk" où il nous présentait avec des clichés hilarants les divers types de clientèles qui se présentaient à sa porte, Noirs, Latinos ou rastas ; 2 - et le temps où il le dépense, soit en lançant ses billets sur des strip-teaseuses ("Money on the Floor"), soit en paradant avec une invraisemblable chaîne en or ("My Chain"), celle sans doute, qu'il arborait sur la jaquette, avec Bart Simpson au bout. En plus de cela, Gucci Mane poursuivait sa vendetta avec Young Jeezy sur "745" ; et tant qu'à faire, dans la foulée, il s'en prenait aussi à Jay-Z. Et le tout était rappé avec un goût pour les formules surréelles, déclamées mine de rien, sur un ton anodin, innocent, où il n'était jamais évident de faire la part du génie ou du retard mental.

L'atout de Chicken Talk, une mixtape si longue qu'elle est séparée en deux parties, c'est que les sons allaient dans le même sens que les paroles. Qu'ils aient été originaux, comme ceux produits par Zaytoven, ou bien chipés à d'autres, comme celui de "745", issu d'un morceau produit pour Crunchy Black par DJ Paul et Juicy J, les beats étaient des mélodies douces, gentillettes et enfantines, qui épousaient à perfection le rap badin de Gucci Mane. Faisant gentiment dodeliner de la tête, avec quelques tubes comme "Stupid", cette musique était l'inverse de celle, retentissante, prisée par d'autres adeptes de trap music, Young Jeezy en tête. Le rappeur peaufinait donc ici sa formule éternelle, celle qu'il ne cesserait de répéter et de réinventer pendant encore plusieurs années et des dizaines de mixtapes.

Gucci Mane, en effet, déployait une formule. Sa musique changera dans le temps, certes, mais cette évolution sera organique et itérative. Certains noteront plus tard une amélioration de son flow, ils mettront en avant des beats plus sophistiqués. Mais tout cela sera avant tout un prétexte pour parler d'un rappeur qu'ils avaient ignoré jusqu'ici. L'intéressé, lui, semble se soucier peu d'innovation ou de renouvellement, la répétition ne l'effraie pas. D'ailleurs, il y a deux plages intitulées "Work Ya Wrist" sur Chicken Talk, et la galerie de portraits de drogués de "Plug Talk" est une reprise de celle, plus courte, qu'offre le titre d'avant, "Trap Money". Il recyclera aussi, sur ses albums, certains des titres ici présents. Et puis surtout, il sortira désormais d'autres mixtapes dans le même style, des dizaines de mixtapes, des pelletés de mixtapes. Il deviendra, par excellence, le rappeur à mixtapes. Et celle-ci, Chicken Talk, sa toute première, est la mère de toutes.

Vos 5 albums / mixtapes 2006

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